Nicolas Bénady

Publié le 14/03/2012 - Catégorie : Entrepreneurs, Newsletter, Témoignages

Bonjour Nicolas, qui es tu ?

Diplômé en 2000, j'ai 36 ans. J'habite Paris.

Si j'ai surtout travaillé dans la conception d'applications web, je me présente avant tout comme un entrepreneur.

On me dit parfois que je suis un geek et je le prend comme un compliment. Loin du simple fan de star wars ou de l'informaticien asocial, je définirais le "geek" comme un bricoleur curieux de tout, intéressé par les points de vue innovants, surtout s'ils ont un fondement scientifique. C'est la culture du magazine américain Wired ou des conférences Ted.

Ton parcours professionel ?

En 2000, à  ma sortie de l'Ensimag, j'ai eu la chance de commencer ma carrière comme développeur, dans la cuisine de l'appartement d'un petit jeune de 23 ans qui montait sa start-up. Le jeune, c'était Pierre-Kosciusko Morizet et la start-up c'était Priceminister.

L'équipe de développement était dirigé par Quentin de Chivré, un ancien Ensimag également, qui m'a appris mon métier. L'expérience était fabuleuse : J'ai pu développer mes compétences d'informaticien tout en apprenant les trucs et astuces de la création d'entreprise.

 

J'ai conservé strictement mon train de vie étudiant en épargnant la plus grande partie de mon maigre salaire (nous étions mal payés mais intéressés au succès du site). 

En 2002, avec les économies, j'ai réalisé un rêve d'ado : l'endless winter, un an de tour du monde en snowboard avec 3 camarades de Grenoble INP

 

2003, au retour de mon voyage, c'est la crise et le CV d'un développeur web qui revient d'un an de vacances n'intéresse pas grand monde. 6 mois à chercher un boulot avec le loyer payé par sa copine. Cette période dure est paradoxalement une excellente expérience : cela rend humble, valorise l'intérêt du travail et permet de tester la solidité de son couple.

 

Je trouve finalement un poste de chef de projet informatique chez Axa chez qui je reste 3 ans, responsable d'applications web. En parallèle, Je lance un site de e-commerce pour rester dans le milieu et faire mes travaux pratiques de création d'entreprise. www.bulledezen.com est lancé en 2005.

 

En 2007, je fonde Limonetik avec 4 associés, tous experts du web ou de la monétique et j'en deviens président.

 

En 2012, après 5 ans, je quitte Limonetik en ce début d'année et suis désormais consultant indépendant.

Quelle est l'activité de Limonetik ?

Limonetik permet à des sites marchands d'accepter des moyens de paiement alternatifs avec peu, voir aucun, développement technique. Nous avons permis par exemple au site dell.fr de proposer un "deal" avec Groupon.

 

L'idée initiale vient de mon mariage en 2006. Comme beaucoup, J'ai fait une liste de mariage. Il existait alors déjà des listes "web" ; les invités pouvaient choisir et payer les cadeaux aux mariés sur Internet. Mais les mariés, eux, devaient aller chercher leurs cadeaux dans un réseau classique d'enseigne physique.

Je venais d'acheter ma maison et je souhaitais me faire offrir un frigo chez Mistergooddeal et pas ailleurs.

D'où une premier idée "Créer des listes de mariage et des cartes cadeaux 100% web". Idée abandonnée au bout de 15 secondes : Comment convaincre Amazon ou Cdiscount d'ajouter un moyen de paiement inconnu sur la page la plus critique du tunnel d'achat ?

Or sans site marchand, pas de client. Et sans client, pas de site marchand.

 

C'est une idée de contournement technique de ce problème qui est à l'origine de Limonetik. Pourquoi ne pas utiliser un "web proxy" ? 

Google s'en sert pour traduire directement en français les sites étrangers. Nous nous en servirons pour ajouter à la volée, un moyen de paiement aux sites marchands avant de les payer par carte bancaire, tout en gérant les flux financiers associés. Et nous nous rémunérerons grâce à l'affiliation, canal standard d'apporteur d'affaire du e-commerce.

 

L'idée, simple sur le papier, fut incroyablement complexe à mettre en oeuvre mais après 18 mois de R&D, nous lançons fin 2008, avec beaucoup de fierté, notre carte-cadeau 100% web. Et c'est un échec, nos cartes n'intéressent pas grand monde : le marketing grand public, c'est cher et compliqué. 

 

Heureusement, notre technologie suscite un intérêt important auprès des moyens de paiement alternatifs déjà existant (e-wallet, listes de mariage, points de fidélité, carte de crédit à la consommatoin, cartes prépayées)

En 2009, c'est donc grâce au B2B que  Limonetik décolle. Ce n'est pas notre propre carte-cadeau que nous ajoutons aux sites marchands mais les moyens de paiement alternatifs déjà existants.

 

Après une première levée de fond de 1,8m€ puis une seconde de 5m€, Limonetik, c'est aujourd'hui plus de 20 clients, une centaine de sites marchands partenaires, plus de 30 salariés, et plusieurs centaines de milliers de paiements réalisés grâce à nos services Sans le savoir, vous avez peut-être déjà réalisé un achat grâce à Limonetik !

L'entreprenariat, c'est l'avenir ?

Oui et non. Même si j'ai adoré créer des entreprises, je ne souhaite pas participer à la béatitude entrepreneuriale ambiante.

Vous avez forcément des moments de tension dans votre travail avec l'envie d'envoyer tout balader. Il est alors facile d'être séduit par le discours "je vais créer ma boite" et beaucoup de magazines jouent dessus pour vendre du papier.

La création d'entreprise, évidemment, c'est passionnant, mais c'est dur, risqué et on peut s'y faire très mal. Le marché est froid et sans pitié.

Il faut trouver le bon projet, la bonne équipe et le bon timing dans sa vie privée. Sans généraliser, j'aurais tendance à déconseiller à un "doigt carré" tout juste sorti de l'école de se lancer seul, un peu d'expérience ne fait pas de mal...

Au fond, l'important, c'est un boulot passionnant et une bonne entente avec son équipe. Si c'est au sein d'une start-up, très bien, mais ce n'est pas une fin en soi.

 

On peut aussi se demander si l'entrepreunariat est vraiment la solution économique pour la France ? A part Free, aucun champion n'est sorti, ex-nihilo, capable de rentrer dans le CAC40. Et les plus belles réalisations d'ingénierie de ces 50 dernières années sont l'oeuvre de nos grands groupes : on ne lance pas un satellite à 5 dans un garage.

Serions nous trop colbertistes ? Je ne le pense pas. Je pense plutôt que les start-up qui marchent le mieux sur le long terme sont celles créées par des ingénieurs, les anciens étudiants d'école de commerce ayant tendance à revendre trop vite. 

 

Donc, en prenant toutes les précautions nécessaires, inculquer une culture entrepreunariale aux étudiants est une excellente idée et je félicite les initiatives de l'AAE à ce sujet.

 

Vos meilleurs souvenirs à l'Ensimag ?

Déjà soyons honnêtes : je ne suis qu'un demi-Ensimag, je viens de Génie Industriel et j'y ai découvert l'informatique pendant un projet étudiant. J'ai adoré et j'ai pu approfondir à l'Ensimag grâce à une année spéciale.

Mes meilleurs souvenirs sont les cours d'Hervé Raynaud, un prof un peu dingue, mi-gourou, mi-génie. Tout le monde n'était pas fan mais moi, si ! 

J'ai également adoré, le projet compil et cette ambiance à la fois studieuse et décontractée qui permettait la production du meilleur jus de cerveau. On arrive pas toujours à la reproduire en entreprise et c'est bien dommage.

Bon et puis la montagne, bien sûr. En prépa, mon critère de choix pour l'école d'ingénieurs, c'était qu'elle soit à Grenoble.

Sportif ?

J'étais passionné de snowboard, mais à Paris avec des enfants, c'est plus compliqué. Comme certains, passé 30 ans, je me suis plus mis aux sports de fond comme le triathlon. Mais l'aspect maîtrise du geste me manque !

Un mot pour la fin ?

Je ne me suis toujours pas blasé par Internet. Nous sommes de plus en plus brillants et cultivés. Nous avons la chance de vivre une époque formidable.